Rouge vaudou et matière porte à faux

Patricia Dopchie Sans Titre- Huile sur toile - 200 x 200 (2020)

Un duo artistique qui invite à se focaliser sur la forme pour mieux pénétrer  le fond. Deux façons de pratiquer l’abstraction pour révéler le concret.

Peinture et sculpture sont deux disciplines susceptibles de traduire le monde qui nous entoure aussi bien que celui que nous imaginons. C’est sans doute ce dernier que suggère Patricia Dopchie à travers le rouge de ses tableaux et Etienne Viart dans ses expériences sur l’équilibre.

La couleur comme médium de la méditation

Patricia Dopchie (1960) a connu une période bleue. Depuis bien des années, elle se promène à travers une exploration du rouge. Couleur aux innombrables connotations liées à des symboliques aussi diverses que contradictoires ou paradoxales. Un rouge par conséquent qu’on associerait instinctivement au mot vaudou tant son magnétisme fascine.

L’artiste obtient des effets de brasillement en étalant successivement des couches de couleur. C’est dans leur épaisseur, pourtant minime, que la luminosité se niche. C’est dans le lisse et non dans un relief d’empâtement  que se produit un phénomène visuel qui laisse transparaître une dimension mentale. Un mystère refusant de se dévoiler. Une présence invisible quoique perceptible.

Deux manières sont  réunies. L’une met en fusion le rouge et le noir, la combustion et son résidu de cendre ou de tison. Une sorte d’alliance active de la clarté et de l’obscurité,  sans vainqueur ni vaincu de l’une par l’autre. Un parfait oxymore même si l’un des éléments semble parfois envahir l’autre. On y pressent des forces en impulsions sans avoir de quoi les expliquer.

L’autre style se cantonne dans le rouge en le nuançant, lui allouant des possibilités d’un éclat plus vif, que le blanc de la toile support avive ou non selon l’épaisseur de l’huile. Cette fois, en arrière-plan virtuel s’ébauche un au-delà explicite d’une réalité en laquelle croire à défaut de vraiment la distinguer.

Les dimensions sont variées. Des petits formats à des œuvres plus monumentales, chaque tableau incite à sa propre méditation. Leur géométrie systématiquement carrée est gage d’une plénitude particulière, d’un équilibre latent, rassurant, apaisant, durable. Ce ne sont jamais des compositions à regarder au passage, d’un coin d’œil. Ce sont des présences qui exigent qu’on y porte bienveillance. Elles réclament qu’on leur prête une attention pleine, concentrée, exclusive. Elles ne se donnent pas ; elles se méritent. Elles incitent à prendre le temps, à l’arrêter même.

La matière comme expérience de l’équilibre

Les sculptures de Viard (1953) sont en butte à l’espace. Elles dédaignent  s’y installer uniquement pour prendre place. Elles s’obstinent à défier les lois de la pesanteur. Elles ont conscience que leur matériau possède un poids et donc une gravité, qu’elles risquent par conséquent de s’écrouler, de passer de la verticale à l’horizontale, de l’association à la dislocation.

© Galerie Faider

Leur statut de galets rectangulaires, de bâtonnets ou de blocs parallélépipèdes, de cubes en métal ou en bois leur permet de s’assembler, de s’accoupler, de se superposer. Ils sont susceptibles de former une masse compacte. Ce que le sculpteur exclut. Il leur accorde parfois une apparence de fragiles châteaux de cartes, de cohabitation des baguettes de ce jeu de dextérité nommé mikado.

Les agencements bien sûr réclament une astuce, une mystification. L’artiste maintient les composants par des colles, des soudures, des raccords. Ils sont invisibles. Seule nous apparaît l’illusion. Elle en devient crédible, authentique. Viard nous amène à croire l’incongru.

Plus nous y croyons, plus la poésie, la magie nous charme. Cette beauté de l’insensé nous ramène vers une innocence crédule envers le faux vrai ou le vrai faux, sans la technologie complexe des magiciens de music hall d’aujourd’hui, des potentialités virtuelles de la cybernétique. D’autant que ces œuvres nous révèlent être à la conjonction du possible et de l’impossible. Elles abandonnent tout aspect décoratif,de même qu’elles n’ont jamais eu de velléité vers l’utilitaire. S’installer face à elles et demeurer à rêver, belle victoire de l’inutilité du compréhensible sur le pragmatisme du matérialisme machinal.

Michel Voiturier

En la galerie Faider, 12 rue Faider à Bruxelles jusqu’au 17 juillet. Infos : +32 2 538 71 18 ou www.galeriefaider.be/index.php

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