Roger Raveel et l’insoutenable subjectivité de l’art

Pour le centenaire de la naissance de Roger Raveel, Bozar organise une sublime rétrospective sur le parcours du peintre flamand. L’occasion de remettre en lumière cet artiste singulier aux couleurs reconnaissables et à la créativité débordante.

« C’est qui lui ? », ont dû se demander de nombreux passants en découvrant aux quatre coins de la capitale de l’Europe les affiches de l’exposition « Roger Raveel. Une rétrospective » à Bozar.

Qualifié de « postexpressionniste » par certains, de « naïf » par d’autres, ou même de « pop », Raveel (1921-2013) fait partie de ces peintres d’une « nouvelle figuration » à l’esprit excessivement singulier. Beaucoup de Bruxellois connaissent d’ailleurs cet « artiste de Mérode », qui a orné la station de métro etterbeekoise d’une fresque syncrétique mêlant sournoisement « L’Agneau mystique » van Eyck et « La Joyeuse Entrée du Christ à Bruxelles » de James Ensor.

Pour le centenaire de sa naissance, Bozar consacre jusqu’au 21 juillet une rétrospective de grande ampleur à cet artiste souvent (injustement) oublié de l’histoire de l’art belge francophone. Une exposition foisonnante qui présente le « must see » de l’œuvre sensible et cohérente de l’artiste.

Petits riens de la flamitude

C’est une des premières caractéristiques qui ressort lorsqu’on parle de lui : Raveel est flamand. « Geboren en getogen » à Machelen-sur-Lys, petit bourg dans la commune de Zulte, le peintre a tout d’un sédentaire illuminé. Viscéralement attaché à ses terres, Raveel vivait dans une autarcie créatrice où les décors monotones s’appellent et se répondent. Un choix étonnant, voire révolutionnaire, à l’époque de la mondialisation de l’art.

Petits jardins ouvriers, portes d’étable, clôtures de béton… ce paysage typique quitte le statut de décor pour devenir protagoniste, avec une solennité souvent digne d’une nature morte hollandaise. Un environnement familier dans lequel évoluent des personnages également familiers : son épouse, son chat, des amis… « Montrer l’universel dans le quotidien », comme l’indique le fascicule de l’exposition.

Enfant de son époque, baigné dans l’« expressionnisme flamand », Raveel a développé sa propre vision de la Flandre : une terre de contrastes, où les campagnes ne sont jamais loin de l’urbanisation, où l’individualité de la maison quatre façades se marie avec la sociabilité des jardins mitoyens.

Une figuration renouvelée

Chassez l’abstraction, elle revient au galop ! Raveel étant témoin du triomphe de l’abstraction sur la scène occidentale, l’influence des maîtres non figuratifs (et de Mondrian en particulier) se fait sentir tout au long de l’œuvre du peintre, comme une encyclopédie foisonnante au service de la représentation, permettant de montrer l’indicible de la psychologie humaine. En témoignent ces portraits sans visage, ces mannequins à la physionomie vide, comme l’« Autoportrait à la cigarette » ou l’« Homme avec fil de fer au jardin ».

Mais Raveel, c’est aussi l’exploration plastique, le mélange prolifique des matériaux « à la Rauschenberg » : des miroirs, des roues, des bouts de porte, des cadres, une fenêtre donnant sur un paysage d’abstraction… et même un oiseau vivant viennent redéfinir les limites du troisième art. Signe de l’anticonformisme de ce « sage libertaire » de l’art belge.

Ro.Ma.

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