The Agprognostic Temple à Tour & Taxis

Vue de l’exposition GRAYSC


L’art en miroir
The Agprognostic Temple, l’espace d’art nomade dédié au spirituel et à l’inconnu dans la création contemporaine a été créé en septembre dernier. Ce printemps, le Temple installe sa structure architecturale dans le bâtiment des Produits Dangereux sur le site de Tour et Taxis. L’exposition actuelle intitulée Chapter 3 : Mirrored Infinities renvoie à la première exposition, Chapter 1 : Scripted Truths ; les œuvres présentées y répondent d’une manière ou d’une autre : d’un point de vue thématique, d’un point de vue figural, ou simplement comme un reflet.

Eric Croes, Miroir des Titans, photo Colette Dubois


Avant de pénétrer dans le Temple, un rituel s’impose : sur la paroi extérieure, on trouve un curieux miroir d’Eric Croes qui invite le visiteur à l’introspection. La surface réfléchissante est piquée de taches, le cadre en céramique est constitué d’un entrelacs de serpents sortant de la bouche des quatre masques disposés aux angles ; lorsque l’on s’y mire, l’ensemble forme une « vanité » surprenante. Une oeuvre de Joris Van de Moortel, This Incomplete World occupe l’emplacement symétrique à celui du miroir elle en est le reflet et renforce encore son caractère allégorique. On trouvera deux autres interventions de Croes à l’intérieur du Temple : Le Témoin, un autoportrait en bronze complétant sa série des Sept péchés capitaux, et le bel encadrement en bois sculpté à l’intérieur de la porte du temple. Devant l’entrée, une fontaine de McCloud Zicmuse intitulée This is not what it was, this is what it will be évoque les rites de purification liés à toute pénétration dans un lieu sacré. Dans le temple, un brûleur d’encens (This is not what it is, this is what it is not) lui répond. L’entrée est encadrée de deux serpents de Sanam Khatibi.


Dans le fond du Temple, spécialement réalisé pour l’exposition, un triptyque monumental de Van de Moortel mélange inspiration historique et forme actuelle. Le panneau central recèle une allégorie de la « Nef des Fous » quant aux panneaux latéraux, ils réfèrent à des performances antérieures de l’artiste autour des sept éléments et des sacrements. Au centre du Temple, le Cube de l’Inconnu – un volume cubique noir qui cache l’œuvre qui ne sera dévoilée qu’à la fin de l’exposition – dissimule une pièce de James Lee Byars.


Les mises en miroir ne réfèrent pas seulement à la première exposition, ils sont également à l’œuvre au cœur du principe d’organisation de ce Chapter 3. Ils révèlent toujours quelque chose de caché dans l’œuvre qui n’apparait qu’en relation avec une autre. Ainsi, les deux autoportraits sur bâche de Laurie Charles cartographient le corps, ses douleurs et ses guérisons. Les formes sont nettes et précises, les couleurs franches et unies. Dans le premier, organes et symboles habitent l’intérieur du corps, dans l’autre, ils ont partiellement quitté l’enveloppe corporelle pour flotter autour de lui. Sur le mur opposé, les deux grandes peintures d’Antoine Waterkeyn évoquent deux figures de Tarot. Si le jeu divinatoire est là comme un prétexte à la peinture – la véritable quête de l’artiste – il s’agit aussi de deux figures corporelles entourées d’objets, de formes et de couleurs. Ici, les figures principales sont traitées de façon presque pointilliste tandis que les fonds amènent les sujets vers une abstraction aux couleurs fortes diverses et contrastées. La vidéo de Serene Blumenthal The Medical Babylon Complex s’attache aux pratiques détestables de l’industrie pharmaco esthétique. Elle apparait comme la troisième face de ce miroir des corps.
Le peintre Julien Saudubray vise à réduire le plus possible la subjectivité de la peinture par la répétition presque mécanique des gestes – balayer, poncer, effacer –, mais ses travaux contiennent une énergie vibrante qui invitent à la contemplation. En face, les peintures d’Oraura – des cercles se distribuent sur une grille de papier plié et teinté – apparaissent comme un renouveau formel mais l’artiste, les envisage comme un lien entre le corps et le cosmos, une inscription des champs énergétiques et une traduction de son énergie intérieure.


L’exposition est remarquable. Tous ces reflets croisés génèrent des dialogues des œuvres les unes avec les autres et de chacune avec le visiteur.
A partir du 22 mai, The Agprognostic Temple proposera une exposition solo de l’artiste belgo-congolais Léonard Pongo dans le même lieu.


Colette DUBOIS


Mirrored Infinities jusqu’au 15 mai à The Agprognostic Temple, site de Tour & Taxis, bâtiment des Produits dangereux, avenue du Port, 86c, 1000 Bruxelles.

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