ALECHINSKY

© MRBAB

Carta Canta : déambulation graphique et chronologique  

Les Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique présentent jusqu’au 1er août « Carta Canta », une exposition 100% Alechinsky avec le dessin et le geste comme fils conducteurs.

Il est le patriarche de la peinture belge. Connu en son pays et à l’international depuis des décennies, Pierre Alechinsky s’est rapidement taillé une place dans le panthéon artistique du Plat Pays. Du haut de ses 93 ans, le peintre accumule les honneurs et arbore un CV ahurissant : docteur honoris causa à l’ULB et l’ULiège, détenteur du Praemium Imperiale (sorte de Nobel pictural), auteur de dizaines de publications, vedette de dizaines d’expositions …

On pourrait se demander : que faut-il encore à ce pape de la peinture ? Comment monter une rétrospective à la hauteur de sa réputation ? Les Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique ont une fois de plus relevé le pari et lui consacrent une tribune jusqu’au 1er août. Un hommage qui surprend par sa simplicité et sa sobriété. Le hall des expositions temporaires étant occupé par les toiles abstraites aborigènes (« Aboriginalities »), l’exposition d’Alechinsky intitulée « Carta Canta » se retrouve morcelée en différentes parties du musée : une salle du rez-de-chaussée, le hall du sous-sol, l’étroite « cage d’escalier », deux murs au « fin-de-siècle » aux côtés de l’Ostendais James Ensor…

Un signal fort de modestie qui peut surprendre les amateurs s’attendant à un « fan service » et un événement plein de faste dans le fief de l’artiste bruxellois. Au total, 150 œuvres sont rassemblées : des pièces de la collection, mais également de « nouvelles donations exceptionnelles ». Preuve d’une relation de longue date entre le peintre et l’institution fédérale. « Par sa présence régulière à nos côtés, Pierre Alechinsky a sans conteste largement contribué au rayonnement international de notre institution », témoigne le directeur général Michel Draguet dans le fascicule…

Le dessin avant toute chose

Parmi les dessins, croquis et peintures, on retrouve d’agréables curiosités : des eaux-fortes à la Arcimboldo, une scénographie quasi abstraite au titre autotélique (« Mon cher… je le dis toujours pour moi tout cela ce n’est que de la peinture abstraite »), un ready-made pictural (« Pelures sur Piédestal »), des œuvres « recyclées » sur des factures (« Hôtel Chelsea »), un petit être au crâne disproportionné mis en vedette sur la couverture du livret (« Le Malheur des uns »)…

Mais outre les sujets, c’est le dessin qui sert de fil conducteur à cette exposition : le trait, la spontanéité, le geste illimité… Un dessin qui se moque des conventions, se met en abyme et serpente à travers les décennies. Au fil des salles, Alechinsky apparaît tantôt comme le Pollock bruxellois éperdu du geste, le regard tourné vers l’Orient, de l’encre plein les doigts, aux frontières poreuses de l’abstraction… tantôt comme le conteur prosaïque des carnavals wallons, ou le démiurge aux créatures invraisemblables et aux récits « marginaux ».

Bref. De l’enthousiasme éphémère de Cobra à la crise sanitaire, le parcours d’Alechinsky se déploie par indice, par mot, par trait… Un cheminement qui rejoint, se confond et façonne l’histoire de l’art.

Ro.Ma.

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