Herman Daled: Ne m’appelez pas collectionneur!

Herman Daled, © FluxNews

Herman Daled vient de nous quitter à près de nonante ans, nous ne croiserons plus sa frêle silhouette de jeune homme éternel aux cheveux grisonnants dans le milieu de l’art.
Il était ce que l’on appelle un collectionneur culte, hors cadre. Daled était celui qui découvrait les artistes avant qu’ils ne soient des stars. Il s’inscrivait dans le temps long. Ne se contentant pas d’acheter des oeuvres, mais de suivre les artistes dans la durée. Dans cet ordre des choses, il fut l’un des premiers à accepter des offres de contrat. (ex avec Buren)
Il poursuivait l’aventure de FluxNews depuis une vingtaine d’années en faisant partie de nos fidèles abonnés. Lors d’une rencontre il y a une petite dizaine d’années, un projet de rendez-vous pour parler de sa collection avait été imaginé, il voulait que Nicole Daled participe activement à cet entretien. Pour des raisons qui m’échappent, les aléas de la vie étant ce qu’ils sont, nous ne trouvâmes jamais le moment opportun pour que l’interview se fasse. Nous nous sommes cependant revus plus tard à plusieurs reprises.

Lors d’un de ses passages à Liège pour un exposé donné par Jacques Charlier, il nous donnait avec franchise son commentaire. « Je ne sais pas pourquoi Jacques Charlier n’a pas abordé son travail de caricaturiste. 1e: Je pense que c ‘était de l’art, 2e: que c’était un travail sur l’histoire de l’art , 3e: que c’était un travail critique sur l’art. » . j’avais eu l’occasion de m’entretenir avec lui sur la question de la notoriété dans le milieu de l’art. Pourquoi certains artistes réussissaient à se faire un nom et d’autres pas?   Cela faisait partie des questionnements non résolus qu’il se posait. Cette interview figure sur YouTube. (1)

Avec lui, pas de spéculation, de vrais rapports humains avec les artistes, une vraie attention vis-à-vis du travail. Par cette façon d’agir il se démarquait de certains collectionneurs. Il détestait le terme de collectionneur. Dans le film de Joachim Olender, La Collection qui n’existait pas, il s’explique à ce propos: “Je n’ai jamais voulu être collectionneur, quand vous achetez des livres et que vous les accumulez dans une bibliothèque vous n’êtes pas collectionneur, mais curieusement dès qu’il s’agit d’objets d’art, on vous pourchasse avec ce terme qui flatte certains, mais qui a le don de m’agacer.” Il fut exemplaire à plus d’un égard. Il ne se contentait pas  de suivre le parcours des artistes, sa démarche prospective a fait des émules chez de jeunes collectionneurs. Je pense à Olivier Gevart ( Espace Ete 78 ) avec qui il a entretenu de bons rapports. Le jeune collectionneur bruxellois épouse cet esprit de découverte pour créer dans son lieu des concepts d’expositions originaux. Dans ce cadre j’eus l’occasion d’y retrouver lors d’une présentation réunissant trois collectionneurs issus de trois générations différente (Veys, Remacle, Daled) une autre facette de l’amateur d’art que fut Daled. Celle-ci, moins conceptuelle et minimaliste était plus portée sur l’intimiste et le poétique. Il y présentait un magnifique ensemble de Philippe De Gobert de 1982, une série de petites maquettes d’atelier d’artiste abordant avec finesse la problématique du devenir d’une conservation de collection avant sa dispersion et quelques pièces de grande qualité d’un illustre inconnu dans le bataillon de l’art : Robert De Boek. Un artiste qu’il a suivi jusqu’au bout en lui achetant des pièces, parfois pour l’aider a survivre. Olivier Gevart: “Herman a collectionné plus que par coup de cœur mais pour aider des artistes qui n’avaient pas de quoi manger le soir.” Ironie du sort et belle revanche posthume, Robert De Boeck est sauvé de l’effacement de la mémoire par Daled en se retrouvant dans la collection du MoMA au côté de stars comme James Lee Byars , Broodthaers et tutti quanti. Chaque pièce de De Boeck est en soi un véritable traité philosophique sur le rapport illusionniste de notre rapport à l’art. Une approche que devait apprécier à juste titre Herman Daled. Nul doute qu’un hommage lui sera rendu par une institution qu’il a soutenue et voulu de tout cœur.  Le Wiels est en tête de liste.

L.P.

(1) https://youtu.be/DKMCdwLMqjw
(2) https://flux-news.be/2014/04/28/ete-78-entretien-avec-olivier-gevart-flux-video/

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