Révélation/Disparition au Wiels

Benoît Platéus, Liquid Intelligence


Exposition monographique consacrée à Benoît Platéus (1972, vit et travaille à Bruxelles), One Inch Off se veut moins un parcours chronologique qu’une déambulation dans tous les champs du possible qu’ouvre l’œuvre foisonnante de l’artiste. Au-delà de la rétrospective, c’est avant tout une mise en dialogue dans lequel chaque médium et chaque geste de ce faiseur d’images trouvent un écho particulier.

Le titre de l’exposition est loin d’être anodin. Référence à la différence de format entre le système métrique américain et européen, il est un rappel d’une des expérimentations de l’artiste sur l’image, effectuée entre 2004 et 2006. Fanzine auto-édité, One Inch Off est le lieu de transformation de l’image et de ses codes. Une transformation que n’a cessé de questionner Benoît Platéus tant dans ses recherches matérielles – micro-édition, photographie, collage, peinture, installation, vidéo – que dans les sujets même de ses œuvres. S’il est donc un des filigranes à tisser dans l’ensemble de l’exposition c’est bien celui de la manipulation de l’image au prisme de sa révélation et de sa disparition.

La trace laissée par l’image en train de disparaitre est présente dans de nombreux travaux et séries de l’artiste. Parfois le geste se veut visible et lisible. Ainsi Behind the Scenes (2015-2016) prend pour matériau de départ des affiches de films, retravaillées au verso afin de « gommer » tout élément figuratif ou verbal trop évident. La gamme chromatique de pastels employée renforce l’impression d’effacement. Par jeu de transparence, l’image révèle alors d’autres aspects comme les accidents, les plis, le vieillissement du papier bon marché, amplifiant certaines formes. C’est ainsi une toute autre histoire qui se dessine.

Pareille métamorphose est décelée dans une des plus récentes séries de Platéus, Telephones poles (2017-2019). Partant d’agrandissements de frottages réalisés sur les poteaux téléphoniques de Los Angeles, l’artiste vient même appuyer, par un travail au pastel, les nervures du bois et les agrafes laissées à l’abandon sans affiche. Les traces de la matière première se transforment alors en de nouveaux paysages mentaux que l’artiste transpose en portraits par leur titre.

La série de sculptures en uréthane (depuis 2010) qui jonchent le sol de l’espace d’exposition met également en évidence ce jeu de disparition et de révélation. L’artiste a pour cette série moulé des bidons contenant des produits chimiques destinés au développement de la photographie argentique. Chaque objet façonné est coloré par les restes de pigments. Et chacun matérialise en quelque sorte une image demeurant invisible. Portant le nom du produit (Kodak Flexicolor, Fuji Hunt), seuls les titres permettent de nous raccrocher à leur destination première.

L’artiste manipule l’image pour mieux la révéler. Il l’étire, l’agrandit, la déchire, la surexpose, l’associe, la transforme jusqu’à la disparition de son objet premier. Qu’il s’agisse de la photographie (Broccoli & Steel, 2012), du dessin (Repérages, 2011), de l’installation ou de la vidéo, Benoît Platéus n’hésite pas à se réapproprier chaque matériau et technique pour la convoquer et la faire parler. Il entame alors un dialogue sur la survivance et la persistance des images que l’exposition, grâce à la mise en perspective d’œuvres anciennes et récentes, révèle à son tour.

Céline Eloy

Wiels. 
Benoît Platéus : One Inch Off
02.02 – 28.04.2019
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