Ernest Pignon-Ernest au Botanique

L’œuvre d’Ernest Pignon-Ernest se déploie dans la ville. Il choisit d’investir directement les lieux chargés d’histoires les investir par ses dessins à l’échelle 1. Les sujets qu’ils traite tournent principalement autour de l’humain. L’humain qui, comme le rappelait Pasolini au soir de sa mort, est voué à disparaître de son vivant. C’est le caractère sacré de l’humain dans l’homme qu’Ernest Pignon-Ernest réhabilite par ses campagnes de collages. L’œuvre se dévoile au Botanique et plus que l’œuvre c’est de la démarche de l’artiste dont il s’agit: documents d’archives, photos, dessins préparatoires permettent de resituer le parcours de celui que l’on a défini comme le précurseur du Street art.
À ne pas manquer dans cette exposition, un magnifique film qui déflore l’essence du parcours d’affichage lié à Pasolini dans la ville et sa périphérie  avec recherche du lieu idéal dans la journée ou lors de déambulations nocturnes. Sans autorisations officielles, il pratque l’affichage sauvage dans les rues. Richesses des relations humaines. S’inscrivant dans une nécessité du faire, c’est dans la phase du précollage que l’investissement du geste se déploie avec le plus d’intensité. Quand on le voit avancer vers le mur élu en portant son dessin enroulé sur ses avants bras, un peu à l’image de son Pasolini portant son double, on perçoit la portée épiphanique de son geste.
La sensibilité méditerranéenne de l’artiste se déploie à merveille dans la ville de Naples. Dans une de ses premières actions inspirée du David et Goliath, il a associé ses deux Maîtres de cœur: le Caravage et Pasolini. Pour Ernest Pignon-Ernest, ces deux grandes figures avaient en commun l’art de traiter les grands rites sacrés en mettant en scène les gens de la rue. Durant sa conférence de presse au Botanique, il n’oublie pas de revenir sur son amitié entretenue avec le graveur Dacos. L’artiste liégeois, aujourd’hui décédé l’a initié dans l’apprentissage du procédé sérigraphique. En 1971, à Méthamis dans l’atelier de Dacos, il réalise 1000 sérigraphies sur le thème de la célébration de « La Commune », qui seront collées entre autres sur les escaliers menant au Sacré Coeur de Paris.
En agriculture, la stratification est un procédé technique qui permet de faire lever ce qui est en dormance pour initier la germination. Une belle métaphore pour Ernest Pignon-Ernest qui travaille à faire émerger à la surface ce qui est enfoui. Pour atteindre au but, le lieu est prédéterminant; il sert d’épicentre et de catalyseur aux futurs échanges relationnels qui permettront la soudure et la reconvocation d’un monde disparu. Les interventions d’Ernest Pignon-Ernest fonctionnent comme des piqûres de réveils pour nos mémoires engourdies. 
Roger Pierre Thurine, commissaire de l’expo, nous dévoile dans «Conversation» aux Editions Tandem, la richesse d’une démarche consacrée à la restauration du caractère sacré qui relie les lieux et les hommes.  

Entetien avec l’artiste: https://youtu.be/vFZHYAPhiXg

Lino Polegato

ERNEST PIGNON-ERNEST – EMPREINTES
Jeudi 13.12.18 – Dimanche 10.02.19
MICHAEL MATTHYS – LE LONG FLEUVE TRANQUILLE.
Du mercredi au dimanche – 12:00 – 20:00.
Museum. 13.12.18 – 10.02.19

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