Pour l’expo d’été au MAC’s, une promenade au delà des lignes. 

Jean Glibert ©FN
Au CID ( Centre d’Innovation et de Design du Grand-Hornu) cet été une expo qui donne à penser: Halte à la croissance. Marie Pok invite une vingtaine de jeunes designers à réfléchir sur fond de thématiques liées à la surconsommation. Au MAC’s, avec Albedo,  une expo qui donne à vivre et à expérimenter. Denis Gielen, propose à Jean Glibert et à Ann Veronica Janssens (l’artiste francophone la plus célébrée au nord du pays) à se confronter librement à l’architecture du lieu. Libérée des accessoires habituels mis en place pour la présentation des expositions l’architecture du Macs conçue par Pierre Hebbelinck est entièrement remise à nu. Une occasion pour les deux artistes de dialoguer librement avec l’austérité minimaliste du lieu et à la lumière naturelle pensée pour chaque salle. Apparait en définitive un dialogue triangulaire. Le résultat final par la justesse et la sobriété des interventions vaut assurément le détour.
Ann Veronica Janssens ©FluxNews

C’est sous le signe de la promenade que le visiteur appréhendera l’exposition. Pour une fois la tête et les jambes seront directement convoquées au pied de la lettre puisque les vélos aux jantes réflexives d’Ann Veronica Janssens nous invitent à transgresser les règles et à faire tourner le pédalier pour découvrir les salles. Le rapport au corps est directement palpable chez Jean Glibert dans son magistral applat rouge traversant plusieurs salles du musée. De haute facture énergétique cette ligne  rouge, ceinturée de noir se déploie en oblique et  aboutit en cul de sac dans la dernière salle. Une fois atteinte la dernière étape le visiteur vivra la perception trouble et étrange de basculement.  Arrivé au dernier palier, on a  l’impression de fin de parcours, la surprise est au retour! En revenant sur nos pas on redécouvre le jeu dialectique à trois dans toute son amplitude. La grande ligne rouge oblique en remontant sa course, ceinture intentionnellement la longue verrière de la salle pont dessinée par Pierre Hebbelinck. L’aspect contemplatif sera très vite contrebalancé par l’aspect vivant que dégagent les visiteurs qui pédalent autour de vous. Les vélos miroirs en nous frôlant irradient, l’éclair d’un instant, dans leurs enjoiliveurs un peu de ce rouge énergétique éclaté et en mouvement dans l’espace…

L’Albedo, cette valeur mesurable du pouvoir réfléchissant de la matière se retrouve déclinée par les deux artistes plasticiens dans la salle d’entrée de l’expo: Ann Veronica Janssens intervient avec une vaste nébuleuse qui se répand en volutes sur le sol. Il s’agit ici de minuscules pailettes qui par le déplacement du visiteur abordent une lecture hollographique de l’oeuvre. Au fond de la salle, à l’angle de l’intersection des deux murs du fond Jean Glibert apporte sa touche expérimentale en déposant deux applats de vernis légèrement teinté de gris sur un papier calque. Lumière et espace sont de nouveau source de dialogue avec l’architecture…
Une expo à voir et à expérimenter surtout.
Non loin de la, sous l’intitulé “Quadra”, un autre rapport à l’espace temps est animé par Jef Geys. Dans les jardins du Grands Hornu, l’artiste, récemment disparu, a fait réaliser  8 bacs de plantes qui reprennent en superficies égales de 4m2 le contour de huit pays européens. Ces bacs accueillent des plantes sauvages typiques de ces régions. Une  fois dépassé le discours conceptuel, peut-on y entrevoir une métaphore géopolitique qui nous parle  de l’absurdité des frontières et de la restauration de la sacralité du monde sauvage (herbier-artiste)? A protéger de toute urgence pour des raisons de survie.
Au CID, avec Halte à la croissance, Marie Pok nous propose de nous arrêter un instant et de faire une pause réflexive en compagnie de jeunes designers. Comment gérer la surconsommation engendrée par cette course folle vers la croissance ? Une thématique ambitieuse, qui débouche sur un questionnement qui continue de tarauder les esprits de non seulement les designers mais également les artistes et les penseurs sociétaux qui avaient déja commencé à plancher sur le sujet fin des années soixante. L’arrivée de l’imprimante 3D et la constitution de petites tribus de designers en sociétés coopératives ont permis aujourd’hui de réactiver les vieilles notions d’utopies. Les fablabs, ces nouveaux lieux qui accueillent ces pratiques collectives, fonctionnent un peu comme le pied de biche idéal qui permet d’entrouvrir des portes restées verrouillées par les coûts prohibitifs des productions.
D’emblée  Marie Pok pose la bonne question: un design sans profit peut-il exister aujourd’hui? Le design peut-il échapper à l’obligation de croissance?
L’expo  regroupe des  réponses sous forme de projets de design qui tous s’inscrivent à contre courant du modèle économique dominant basé sur la surconsommation. Différents thèmes sont abordés, tous pratiquement se revendiquent d’un modèle de vie plus simple, tourné vers des modèles économiques alternatifs.
Laurent Tixador confectionne sa pizza, ©FN

Le thème du recyclage est abordé avec les meubles et installations de Rikkert Paauw qui ne demandent pas de transformation de matière en inventant de nouvelles formes. Le secteur du recyclage dans la construction est abordé avec Rotor une société belge spécialisée dans le reconditionnement de matériaux de construction. Le thème de l’obsolescence programmée et ses dérives est abordé par la présentation de L’increvable, une machine à laver conçue pour durer des décennies. Aux antipodes de ces soucis liés à la longévité, les installations éphémères de Laurent Tixador placent la notion d’urgence sous le signe de l’alimentaire. Cet  artiste invité en résidence par le CID, profitant de la structure champêtre du cadre d’accueil  nous propose son restaurant pizzeria experimental avec four a bois construit sur place sur la pelouse du parc. Confronté à ses instruments de cuisine de style archaïque, on comprend vite qu’ici c’est le règne de la débrouille et que l’important ne se situe plus dans l’esthétique de l’objet  mais dans sa finalité première. Sa machine à faire des spaghettis est une merveille du genre et nous invite à l’action… L’humour est présent également du côté de Mathilde Pellé. D’origine française elle démarre son activité de designer indépendant en 2013. Elle choisit d’investir l’atrium du Mac’s et développe “soustraire, une pénurie” un projet de recherche lié à la soustraction. Une vision du futur ou les principes de confort et de consommation dépendraient directement d’une baisse des moyens matériels: Chaque jour, le citoyen se verrait contraint de restituer à l’Etat 9 kg de matériaux issus de son habitation. L’artiste reconstitue dans l’atrium une chambre à coucher recyclée des années cinquante et s’applique méthodiquement à prélever la matière ornementale des meubles, lit, commode, etc,. Gratter le bois superflu pour ne garder que le strict nécessaire, une opération qui la contraint a poursuivre au jour le jour son labeur d’artisan designer. L’évolution de son travail est à découvrir sur place dans le cadre de sa résidence…

Lino Polegato
MACs: du 01 juillet au 21 octobre 2018
Albedo : Jean Glibert et Ann Veronica Janssens
CID: HALTE À LA CROISSANCE! DESIGN ET DÉCROISSANCE
Audrey Bigot , François Azambourg, Thomas Billas, CTRLZAK, Cléa Di Fabio ECAL / Damien Ludi, Colin Peillex, Floris Hovers, L’Increvable, Hugo Meert, Christien Meinderstma, Antoine Monnet, Jennifer Morone, Henrique Nascimento Norm Architects, OpenStructures in collaboration with Diane Steverlynck & Maud Vande Veire, Jian Da Huang and Jasmijn Muskens, Rikkert Paauw, Mathilde Pellé, Olivier Peyricot, Julien, Phedyaeff, Amaury Poudray, OpenStructures, Studio GGSV, Studio Gorm,, Studio Swine,, Studio Simple, Gabriel Tan, Thomas Thwaites, Laurent Tixador, Lenka Vackova Weilun Tseng

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