Lara Gasparatto L’éclat de l’aube

 

En cette après-midi de décembre, Lara Gasparatto nous reçoit dans son duplex à Saint-Gilles, Bruxelles. Elle revient du festival international de photographie Jimei x Arles en Chine, et expose pour l ‘instant au Botanique. Où elle donne à voir son univers intime, fait de paysages, intérieurs, nus, féminité et couples complices. Mêlant iconograhie et réalité, douceur et brutalité.

 

Vous venez d’exposer des paysages au festival Jimei x Arles…

Le festival a été créé en 2015 par le directeur des Rencontres d’ArlesSam Stourdzé et le photographe et fondateur des galeries Three Shadows Photography Art Centre, RongRong1,2. Il a lieu chaque année vers novembre-décembre dans le district de Jimei de la ville de Xiamen en Chine et présente le travail d’ artistes chinois et européens. Le curateur avait déjà exposé mon travail à Pékin en 2011. A Xiamen, je disposais d’un mur avec cinq images, en lien avec la thématique du rapport au territoire et à la campagne, perçus comme des refuges.

 

Depuis la fin de vos études à Saint-Luc Liège en 2010, vos images résultent de nombreux voyages ?

Je photographie rarement à Bruxelles où je vis, je ne suis pas du genre à mitrailler tout ce que je vois: la ville, l’architecture… La Belgique m’inspire pour ses paysages, surtout ceux du Condroz. J’ai grandi dans les paysages wallons, que je photographie beaucoup en hiver. A force de retourner dans certains pays, j’en saisis l’atmosphère, le mood. J’aime retourner aux mêmes endroits. Au Panama, j’ai pris beaucoup de polaroïds en suivant une amie qui vendait de la peinture pour les carrosses du Carnaval. Elle était à la recherche de clients, ce qui nous a amenées dans des situations avec des éléments parfois surréalistes, comme par exemple dans un atelier de pièces pour le Carnaval à la campagne, on est tombées sur des gens qui fabriquaient des effigies de Tritons. J’ai pû en ramener des images qui fonctionnent avec d’autres. Quand une image apparaît, elle provient souvent de choses vues avant. J’aborde la photographie comme un puzzle tout en travaillant instinctivement: il y a toujours des lumières, des chemins… qui m’attirent.

 

L’ Ukraine, en particulier vous inspire ?

J’avais rencontré des artistes Ukrainiens à Liège, et j’ai eu envie de voir ce qui se passait dans leur pays. L’Ukraine m’a fascinée, avec son passé si lourd et sa richesse culturelle, et visuellement ça a été une claque totale. J’y suis allée en 2011 avec une copine, et on a voyagé en train dans toute l’Ukraine pendant un mois. Puis j’y suis retournée en 2014 et depuis, chaque année. J’y étais récemment avec Canvas. L’équipe a proposé de me suivre lors de prises de vue et est venue cinq jours à Kiev.

 

L’exposition ‘Come dawn to us’ présentée au Botanique invite le public dans un univers intimiste.

J’ai été contactée par le Bota en dernière minute, un mois à l’avance. J’ai dû faire vite, mais comme je terminais une exposition à Anvers, j’avais la tête fraîche. J’aime sortir la photo de son côté reproductible. Je glane différents types de papiers sur des brocantes, dans des ateliers d’artistes etc, sur lesquels j’imprime des images, ce qui leur donne un aspect entre illustration et photo. J’ai aussi utilisé des polaroïds agrandis. Au Botanique, j’avais envie de montrer des travaux de ce type, réalisés chez moi. Sauf les images qui tirent leur force d’elles-mêmes. J’utilise ici une iconographie qui peut relever de la peinture ou du cinéma. D’autres images dégagent des symboles, des émotions, mes états d’âme… Cette exposition parle aussi beaucoup d’amour et de complicité, de soutien, dans les couples. L’amour est à peu près tout ce qui nous reste dans ce monde très dur.

 

On qualifie parfois votre travail de chamanique, empreint de sacré ?

(rires) Pas du tout, je n’ai pas d’appartenance religieuse ou autre, j’aime juste regarder les étoiles.

 

La mise en scène est une composante de votre approche ?

Au début, il m’arrivait de travailler des mises en scène, mais c’est devenu rare. J’ai beaucoup photographié des amis, Micha et Sonia, ils s’embrassaient avec passion, je trouvais ça beau. J’ai alors loué une chambre d’hôtel avec des boissons, leur ai proposé des vêtements… C’était entre la mise en scène et la réalité, ils se sont lâchés.

 

Vous travaillez surtout l’argentique ?

Oui, je n’aime pas trop les appareils photos numériques, leur ergonomie, etc. J’aime tout ce qui a autour de l’argentique, le petit clic en appuyant lors des prises de vue, scanner mes films… C’est une sorte de rituel. J’achète aussi souvent des films sur des brocantes, parfois périmés, pour jouer avec différents effets.

 

Et la couleur ?

Elle relève surtout d’un choix esthétique. Mon père est peintre et à la maison je baignais dans une culture de l’image et de l’iconographie via la peinture, la BD, le cinéma… Aussi, la couleur permet d’illustrer les variations saisonnières de la nature.

 

Jusqu’ici, vous avez surtout exposé en Flandre et à l’étranger ?

Oui, c’est la première fois que j’expose mon travail à Bruxelles, après Liège en mai dernier. En Belgique francophone, on ne parle pas assez de tout ce qu’il y a de bien, on évite de mettre trop en valeur… Les gens sont parfois modestes. J’aime cette humilité, mais elle peut fermer des portes. De mon côté, j’ai eu la chance de rencontrer des gens qui font beaucoup de choses pour les jeunes artistes en Flandre et en Wallonie. Ainsi en Flandre, dans le milieu artistique anversois via la galerie Stieglietz19 qui me représente, j’ai rencontré beaucoup de respect, de générosité et d’ouverture envers les artistes wallons.

 

D’autres projets en cours ?

Une expo en septembre à Anvers, normalement suivie de Paris et Amsterdam, et un nouveau projet de livre. Et à court terme en janvier, je collabore avec le théâtre d’Anvers, Toneelhuis, à la réalisation du catalogue de programmation. Je réalise des portraits de comédiens, metteurs en scène, etc. J’aime collaborer avec différents milieux, comme la musique ou le cinéma.

 

Catherine Callico

 

Lara Gasparotto – Come dawn to us, juqu’au 14/01 à la Galerie du Botanique: www.botanique.be

 

 

 

 

 

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