Jean-Michel Meurice en charmeur de couleurs

Jean-Michel Meurice, “Yzlment 2” (1974) Coll. LAAC. Jacques Quecq d’Henriprêt © ADAGP Paris 2016

Nordiste mal connu, Jean-Michel Meurice (Lille, 1938) travaille dans le visuel : œuvres plastiques en alternance avec des films documentaires. Il est sorti diplômé de Saint-Luc à Tournai (Ramegnies-Chin) en 1958. Il a, en tant que cinéaste, été un de ceux qui furent à l’origine de la chaîne télévisée Arte.

Ce qui réunit toiles et pellicule est la couleur. Ses premières réalisations cinématographiques qui n’appartiennent pas au documentaire consistent en des interventions picturales directement sur la pellicule qu’il marque de traces de peinture, réalisant ainsi des films dans la lignée de ceux de McLaren. C’est là, pour Victor Vanoosten, que l’artiste pose la base de ce que sera sa pratique : « simplification et répétition du geste, expression infinie de la couleur dans l’espace et saisie du mouvement du monde ».

Influences et cheminement

S’il découvre avidement les mouvances esthétiques des années 60 en Amérique et en Europe, il est aussi influencé par Matisse, entre autre lorsqu’il pratique des découpages-collages. Sans avoir notoirement participé au groupe « Supports/Surfaces », Meurice est de ceux pour qui la couleur est souveraine. Elle s’applique pour elle-même et non pour représenter quelque chose de concret.

Il expérimente divers moyens de peindre (trempage, découpage, collage, pochoir, empreintes, pinceau, aérosol, éponge, plume, règle…) et divers supports (toiles, papier, bâche, vinyle, nylon, bois, film aluminium, plexiglas, moucharabiehs, compact disc…). Autant son expérience cinématographique est engagée parce que tournée vers une critique ou une analyse sociétale, autant sa production picturale s’affirme comme uniquement picturale, comme exploration de l’acte même de peindre et de donner à la couleur une autonomie libérée de contact direct avec le monde de la réalité autre que sa simple réalité à elle.

Ce qu’il y a à voir, c’est une matière colorée qui possède sa présence propre sans s’efforcer de se référer à des êtres ou des choses, ni même de porter émotion ou sentiment. L’œuvre est sa raison d’être. Elle ne réclame aucune interprétation, ne livre aucune gnose.

Le cheminement de Meurice emprunte des chemins variés. En dehors de Matisse et Supports/Surfaces, déjà cités, il a découvert les principes de la peinture zen aux pinceaux spécifiques, les agencements teintés des couvertures des indiens navajos, la répétitivité des motifs de la céramique dans l’architecture hispano-mauresque, les nouvelles pratiques des abstraits lyriques étasuniens, les décors de la mosquée de Samarcande et ses tapis bigarrés, les traces parallèles incrustées dans le pisé des murs d’habitations touareg.

Répétitivité et diversité

Les travaux les plus séduisants restent précisément les bandes horizontales alignées les unes au-dessus des autres qui superposent des coloris distincts. Cette façon de procéder assez primitive rejoint le retour moderne au répétitif des compositeurs de musique minimaliste, juxtapositions propices à la méditation, à la concentration intérieure afin de se purger des stress inhérents à la trépidation urbaine et industrielle. La bande de tissu devient parfois arête ou cornière afin de s’appliquer à l’angle d’un mur, voire volume pyramidal en creux pour coiffer un coin de plafond.

Les assemblages formés de bois scarifié ou flotté, quelquefois remplacé par du plâtre, se transforment également en sculptures et se combinent à l’architecture par leur aspect apparent et s’y intègrent selon les endroits où ils sont placés. La matière prend ici une importance particulière dans la mesure où la texture du support absorbe et fait vibrer différemment la coloration.

Même si une production plus récente fait appel à une certaine figuration sous forme d’allusions végétales, ce n’est pas pour prendre comme sujet feuille ou fleur mais plutôt soit comme motif autour duquel ou sur lequel la couleur s’agence, soit ici encore comme motif répété scandant la surface peinte.

L’ensemble a mené Pierre Restany au constat que l’œuvre de Jean-Michel Meurice constituait « un condensé esthétique à l’état pur de l’épistémologie occidentale ». Sa cohérence évolutive aboutit pour le moment à une synthèse entre le décoratif et le chromatisme absolu qu’est le monochrome.

Michel Voiturier

« Rétrospective » visible au LAAC, 302 avenue des Bordées à Dunkerque jusqu’au 2 avril 2017 (00 33 (0)328 29 56 00 ou www.musee-dunkerque.eu ).

« Jean-Michel Meurice et Jean Le Gac, retour à Béthune » en la Chapelle Saint-Pry, rue Saint-Pry à Béthune jusqu’au 25 juin (00 33 (0)321 64 07 ou http://www.ville-bethune.fr/musee-dethnologie-regionale.html ).

« Évidences singulières, Jean-Michel Meurice et ses amis », à Labanque, 44 place Georges Clémenceau à Béthune du 1 avril jusqu’au 23 juillet (00 33 (0)321 63 04 70 ou www.lab-labanque.fr ).

« Meurice, l’espace bien tempéré » au Musée Vila Way Side, angle de l’avenue du Golf et de l’avenue du Château à Le Touquet-Paris-Plage du 7 juin au 5 novembre (Tél : +33 (0)3.21.05.62.62 ou www.letouquet-musee.com )

Catalogue : Victor Vanoosten, « Jean-Michel Meurice », Paris, Arteos, 2017, 308 p. (bilingue français-anglais)

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