Prix du Hainaut 2016, sans surprise

Élisabeth Creusen, Le Nid ©FN.MV

Annuellement, le service culturel de la Province de Hainaut attribue un prix à un artiste jeune représentatif de la génération montante. Cette année, les participants ont été rassemblés dans le nouvel espace muséal de La Louvière, Kéramis.

Choisi comme lauréat de cette année, Maxence Mathieu (Charleroi, 1992) met en scène de manière très conceptuelle une installation censée mettre le visiteur en position de visiteur. Dès le chambranle refaçonné de la porte d’entrée, il a la possibilité de s’imaginer pénétrer dans l’atelier de l’artiste. Rien n’est véritablement réaliste dans cet ensemble qui concrétise l’idée sans y adjoindre des détails véristes susceptibles de virer à l’anecdotisme. Il s’agit bien de la mise en espace d’une idée, laquelle devrait engendrer chez chacun un processus de réflexion à propos du réel, de sa représentation, de la matérialité de l’art, d’une cérébralisation du vécu.

Élisabeth Creusen (Charleroi, 1992) travaille successivement l’enfermement et l’éclatement. Le Nid assemble en une sorte de cercle des modules en bois dont la forme s’apparente quelque peu à des ailes. Cela forme un espace fermé, celui de la protection, de la mise à l’abri. À ceci près que le ‘plancher’ et le ‘plafond’ de cet habitat sont totalement ouverts. Paradoxe inévitable de l’alternance naturelle entre le besoin de sécurité et la nécessité de l’autonomie. Éclat de vitrail s’éparpille dans l’espace, puzzle lancé sur la surface.

Les projections animées d’Alexandre Dufrasne (Mons, 1991) sont plaisantes et fluides. Le trait noir du dessin sur fond blanc accentue la ligne précise de l’être et des choses. Ici encore, il y a enfermement et délivrance, rassemblement et dispersion. Une sorte de perpétuel recommencement comme dans le mythe de Sisyphe.

L’installation conçue par Mariana Mejia Suárez (Colombie, 1992) et Jean-Bernard Libert (Dinant, 1981) porte sur la mémoire. Un album photos est placé sous le regard des visiteurs. Deux mains viennent tourner les pages, déplacer une image, en transformer une autre. À partir d’un ouvrage suranné, la mémoire est sollicitée ; elle est suggérée dans le flou de ses approximations, dans le vide de ses trous. En complément, des livres objets dont la prose traite un peu du même thème. Ils sont impeccablement réalisés, froids du résultat de techniques artisanales strictement respectées. L’émotion est ailleurs, à chercher en soi-même.

Cécile Voglaire (Charleroi, 1985) use du blanc sur le noir. Elle fait apparaître des personnages plus ou moins réalistes, surgis de l’obscurité, générés par le nocturne ou s’opposant à lui. Il n’y a pas là que franche opposition ; il y a également cohabitation et contamination.

Les impressions sur papier signées Aurélie Bayet (Charleroi, 1981) donnent du corps une perception de tatouage délicatement posé sur une peau au point de la transformer en un ensemble diaphane, cartographie à la fois anatomique, fantasmatique, fantomatique, comme si ce qui revêt l’épiderme se trouve assez translucide pour susciter l’illusion de voir sous les apparences.

Hantée en quelque sorte par les instruments de travail de la couturière, Romina Remmo (Namur, 1982) s’attache au dé à coudre dans une série d’œuvres à techniques multiples. Peints à l’huile, des ex-votos de dés emboîtés et présentés à la façon de bijoux précieux. En sculpture, alignement de type horticulture en serre d’une succession de dés convertis en pots à fleurs dorées, résultat brillant de l’obstination d’un jardinier susceptible de travailler des plantes aux racines richement aurifiées.

Les cités inventées par Thomas Mazzarella (Charleroi, 1983) sont joliment étranges. Les humains y ont place parcimonieuse. L’espace, par contre, bien que délimité par des géométries rigoureuses semble être extensible vers l’infini. La lumière a des clartés de perpétuelles entre-saisons. La nature reste à l’état de projet et alors que rien n’est morose, tout paraît d’une fadeur polychrome.

Lorette Sagouis (France, 1990) est particulièrement à sa place dans ce musée de la céramique. Elle reproduit en faïence des éléments du journalier. Elle les rassemble dans un désordre volontaire, qui s’apparente à un présentoir pour accessoires design dont l’originalité reste à définir.

Michel Voiturier

Au musée Kéramis, 1 place des Fours-Bouteilles à La Louvière jusqu’au 26 février 2017. Infos : 064 236 070 ou www.keramis.be

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