Flux News Magazine #70

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Edito

Mi avril, un peu avant de prendre l’avion du retour, ponctuant un court séjour dans les Pouilles, je fus touché par une large banderole s’étirant sur tout le fronton du Théâtre municipal de Bari. Ceinturant un immense drapeau belge, on pouvait y lire ces deux phrases : « Pray for Belgium, Pray for peace ». Loin de la Belgique dans une petite Ville de province, ce geste d’empathie et de solidarité fraternelle me fit chaud au cœur. Cette vision me connecta indirectement à une image glanée quelques jours auparavant à Polignano : l’envol de Pino Pascali. Sur la photo on voit l’artiste tout sourire enjambant une bombe énorme et mimant un envol hypothétique. Fin des années soixante, en pleine période d’attentats terroristes, sans doute une manière pour lui de conjurer inconsciemment sa peur. De tous temps, les dérèglements sociétaux ont toujours fait réagir les artistes par des gestes forts. Ai Weiwei, le plus médiatisé d’entre eux est devenu aujourd’hui le chef de file des artistes dénonçant ces dérèglements. Ses gestes qui se nourrissent d’une grande portée poétique touchent un public de plus en plus étendu et concernent, in fine, de moins en moins le monde de l’art. Certains « spécialistes » du monde de l’art », sans doute mal intentionnés, n’y voient là qu’une manière de soigner son image…
Dans ce numéro, Luk Lambrecht avec un texte sur Gerhard Richter et Véronique Bergen avec son texte sur Anselm Kiefer nous parle tous deux de cette éternelle quête exorciste de refoulement collectif de l’Holocauste en utilisant la peinture comme médium.
D’autres gestes, dans d’autres contextes, peuvent parfois se révéler interrogateurs et perturbants. Je pense ici au geste radical du Capitaine Lonchamps, artiste liégeois et médium à ses heures, qui décide de quitter le navire de l’art lors d’un vernissage aux Brasseurs et de ne pas faire d’expo en ne montrant rien. Nous l’interrogeons dans ce numéro en l’invitant à s’expliquer publiquement sur ses intentions. Une réponse toute poétique qui ne fait qu’agrandir toute l’estime que nous lui portons ainsi qu’à son œuvre. Un geste de renoncement qui l’honore puisqu’argumenté par la volonté de se consacrer uniquement à son idéal de vie : devenir passeur d’âmes. Une attitude noble qui me renvoie en mémoire une autre posture, celle d’Henry Miller, qui au soir de sa vie osa déclarer publiquement : « Je consacrerai la fin de ma vie à restaurer le caractère sacré qu’il y a dans l’homme. » Dieu merci, il y a encore du sacré chez l’homme et dans l’art…
Et si l’on parlait un peu de marché ? A l’approche de la foire d’ArtBrussels qui quitte le Heysel pour migrer vers Tour & Taxis, il est normal que l’on s’y intéresse un peu à ce marché que l’on dit flamboyant. Cette année, c’est le grand bouleversement puisque “Independent” une foire d’art contemporain née à New York, s’installe sur la scène artistique bruxelloise. Comment vont cohabiter ces deux foires ? Pour affronter la concurrence, ArtBrussels, sous la direction de Katerina Gregos, qui va bientôt quitter son poste, a dû se profiler un look plus expérimental en misant sur le jeunisme international et en sacrifiant des galeries plus anciennes qui tablaient sur des critères axés sur d’autres valeurs. Nous verrons à l’autopsie si ce nouveau lifting aura porté ses fruits.
Aux antipodes des galeries de type classique Colette Dubois dans une de ses rubriques pose clairement la question de l’enchantement dans l’art en nous parlant d’un nouveau projet dénommé le « Bureau des Réalités ». La galerie bruxelloise s’intéresse de près au processus créatif et se pose les bonnes questions : « Aujourd’hui, à une époque où on se trouve réellement dans une folie du marché de l’art, comment être à nouveau émerveillé par le processus créatif sans entrer forcément dans l’œuvre spectaculaire ?» Réenchanter le monde en s’intéressant au processus de la pensée de l’artiste, un exemple à suivre et à supporter. Louis Annecourt le met en pratique dans ce journal en poétisant l’art.

Sommaire

2  Expo d’Anne Marie Klenes et Alexandre Christiaens à la galerie Monos. 4  Expo à la Philarmonie de Paris sur le Velvet underground, un texte de Véronique Bergen. Une exposition de Benjamin Monti au MAC’s un texte de Céline Eloy. 5  Andres Serrano au Musée des Beaux Arts un texte d’Annabelle Dupret 6/7  Anselm Kiefer, l’alchimiste des matériaux de la mémoire. Un texte de Véronique Bergen  8 Georges Uhoda, un collectionneur hors normes, interview avec Lino Polegato 10/11 Jacques Lizène, un texte de Messieurs Delmotte  12 Archives. Entretien de 1961 entre Nicolas Shöeffer et Guy Habasque 13 La tour cybernétique de Liège réactivée, un texte de Ludovic Demarche. 15 intervention de Daniel Buren au Bozar, Une Fresque . Un texte de Luk Lambrecht. 16 NoUs. Expo de Pol Pierart au Grand Curtius, un texte de Céline Eloy. Sur les traces de Pasolini. Chantal Vey, Journal de Voyage en italie. 18 La dernière monnaie, un texte de Caroline Lamarche sur Stephen Sack 19 Les figures de l’atelier Wrek, un texte d’Annabelle Dupret. Traversées exposition de la collection de la Province de Liège à Maastricht. 20  Recensement sur une expo au bureau des Réalités, un texte de Colette Dubois. Le comptoir du Livre à Liège, un texte de Céline Eloy.  21 Vidéos au Bam.  Terry Fox et Bill Viola, recensé par Catherine Callico.Road Art édition d’un  drapeau de Jacques Charlier. 23 Le Street art en expo, un texte de Michel Voiturier. 24 Expo du BPS 22, Escale en uchronie, un texte de Catherine Callico. Pino Pascali à l’heure du recyclage, un texte de Lino Polegato. 25 L’expo “magistrale” de Gerhard Richter au Birkenau, un texte de Luk Lambrecht. 26, Capitaine Lonchamp s’explique sur son renoncement. Il répond à nos questions.  28/29 L’exposition de Vaast Colson au MuHka, un texte de Yoann Van Parys 30 Welcome to Miami, un essai poétique de Louis Annecourt  31 Fan Disco la ville fiction de Thierry van Hasselt, un texte d’Annabelle Dupret.  Recensement d’une expo à Berlin par Michel Voiturier. 32 Un temps sans âge, Chronique 13 d’Aldo Guillaume Turin. avec Martin Scorsese, Marc Angeli, Chantal Ackerman, Roland Barthes et Henri Michaux.

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