Foire de Lille, édition 8

Un exemple de la figuration gestuelle de Johan Van Mullem. (c) FL.MV

Parmi les foires, celle de Lille a trouvé sa place. Une centaine de galeries, dont pas mal de belges, se partagent l’espace du Grand Palais. Elle met aussi en valeur quelques jeunes artistes et rend hommage au centenaire qu’est l’abstraction géométrique.

Une série de noms d’hier s’y retrouve encore, mais en minorité. Ainsi se côtoient Di Rosa, Combas, Pignon-Ernest, Ben Bella, Bury, Alechinsky, Appel, Theys, Kijno, Leroy, Dodeigne, Haring, Vasarely, Adami, Raynaud, Ségui, Hartung, Tapiès, Van Velde, Herbin, Morellet, Ben, Parant… et, pour l’art brut, Paul Duhem. L’essentiel est à la découverte.

Parmi les jeunes talents mis en exergue, Anaïs Boudot, issue du Fresnoy, travaille avec finesse sur le mystère de l’apparition de l’image. Étienne Cail se cantonne dans des portraits monumentaux peints, transposition à l’huile de la perception photographique. Il s’inscrit dans la lignée des gammes noires, blanches et grises de Shi Xinning ou de Zhang Hauyng.

Beaucoup de galeries françaises, pas mal de lilloises. Mais aussi d’Italie, Angleterre, Pologne, Espagne, Japon, Hollande. Si on se focalise spécialement vers les galeries venues de Belgique, le choix est assez varié.

De Wallonie-Bruxelles

XR inc… (Mouscron) défend la gestuelle polychrome d’Adam Sultan, fluides allusions jubilantes à une flore de luxuriance. Elle attire l’attention sur les monochromes de Natacha Mercier. Un travail impeccable qui recèle quelque mystère voilé-dévoilé aux regards attentifs puisque sous les couches de peinture se laisse percevoir une œuvre célèbre de Courbet, de Manet ou de Boucher. Andrej Pirrwitz photographie des ruines industrielles et, dans une atmosphère de sereine clarté, y fait transparaître une vie fantomatique. Quant à Richard Meitner, le verre soufflé qu’il dépose sur des coussins sophistiqués semblent les reliques de quelque créature de légende.

Un jeu curieux, à la galerie Francis Noël (Sprimont), celui des mosaïques photographiques d’un Joël Moens. Elles jouxtent des syntagmes en néons et des travaux graphiques de Delphine Boël qui ont quelques relents autobiographiques. Les compressions de canettes par Alfredo Longo finissent par avoir un petit côté décoratif, pas loin des collections de fioles et tubes en verre que Cilly Helleweegen agence en des motifs abstraits sur lesquels la lumière joue à foison. Gery Art Gallery (Namur) promotionne les Tournaisiens Annie Braseur et Sei Amori, absents cependant de sa sélection peut-être à cause de leur proximité géographique. Est mis en exergue l’exilé irakien Bilal Bahir namurois d’adoption qui pratique l’assemblage et le dessin sur des documents existants, témoignages du déracinement et des heurts entre deux cultures.

Art’n Pepper (Verviers) aligne les bronzes à connotations énigmatiques de Vladimir Kazan. La galerie du Château (Estaimbourg) a pour poulain le Montois Henri Sarla. Un figuratif qui modifie des images existantes pour en faire des moments de vie avec un pinceau fluide et une coloration temporisée par une atténuation translucide. Tout cela n’étant pas sans accointances avec le courant suscité par Luc Tuymans. La No Name Gallery (Liège) se contente des travaux de Corine Joiris, oscillant entre monochromie et matiérisme, abstraction et reclycart, recherche graphique et décoration.

C’est d’abord Johan Van Mullem et ce qu’on pourrait qualifier de réalisme gestuel qui est défendu par la Macadam Gallery (Bruxelles). Ses meilleurs portraits à l’huile sur kapak sont intéressants lorsqu’ils transforment visages ou personnages en une impulsion picturale qui, parfois, n’est pas sans évoquer des paysages anthropomorphes du XVIe siècle. De Laurent Dierick, on observera le travail complexe qu’il effectue à partie d’une affiche de cinéma qu’il découpe, recouvre de personnages, de notations, d’allusions dans un expressionnisme faussement naïf. Quant au photographe Damien Gard, il parvient à traiter avec humour un problème sociétal en alignant, façon mosaïque, des dizaines de photos d’inconnus revêtus du fameux masque Anonymus et munis d’une pancarte exprimant un souhait pour améliorer sa vie.

Art 22 (Bruxelles) donne l’occasion à Éric De Ville d’étaler ses photos-montages qui assimilent certains grands immeubles à la légendaire tour de Babel, à Emmanuelle Bousquet de transposer en un cliché sophistiqué les muses antiques en femmes de Paul Delvaux. Du côté de chez Nardone (Bruxelles), d’autres photos, celles de Phil Van Duynen, portraits insolites qui transforment les êtres en personnages descendants indirects du surréalisme, tandis que Patrick Van Roy s’en prend de manière lumineuse au gaspillage, à la surconsommation via des objets familiers associés à des dépotoirs. Les peintures de Juan-Miguel Pozo se distinguent par la recherche discrète mais efficace de l’inhabituel.

De Flandre

Absolute Gallery (Knokke – Bruges) propose les délicats assemblages de papier de Zhuabg Hong Yi, tentative colorée d’une évocation de la nature au moyen de matériaux naturels. Les façades peintes avec une sensibilité matiériste par Hans De Bruijn offre une perspective en sorte de vertige. Samuel Maenhoudt (Knokke) donne à Antoine Rose l’occasion de montrer ses vues aériennes de paysages terrestres et maritimes. La prise de vue en hauteur saisit êtres et choses de façon telle qu’ils en deviennent des motifs plus ou moins répétitifs d’un espace devenu abstrait.

Chez Jos Depypere (Kuurne), à côté d’un Robjee aux tons pastel, avec une prolifération de détails dans un genre presque naïf, s’étale une autre forme de naïveté empruntée à l’univers des contes et à celui de la publicité, une accumulation baroque de références amusées, signée du seul prénom de Sylvain. Le tout s’harmonise assez avec les personnages fantaisistes en verre soufflé de Giampaolo Amoruso.

Au sein de la Leonhard’s Gallery (Anvers), Suh Jeong-Min obtient des effets optiques avec ses assemblages de papiers roulés, compresses, incises. Cascade, déferlement, vague amène l’œil à errer entre détails et ensemble. Vincent Poole organise des portraits d’individus grâce à des montages d’éléments colorés translucides plus ou moins géométriques agrémentés de fragments de mots et d’images publicitaires. Une façon de montrer l’homme d’exhibition, de consommation, d’ostentation.

Chez Axel Pairon (Anvers), Patrick Hughes se livre à une série de virtuosités en trompe-l’œil. Il y a certes là-dessous l’exploitation d’un procédé. Mais le résultat est plus que plaisant. Il permet en effet de visualiser en 3D des motifs figuratifs répétitif. Effet de surprise garanti ! Down to Art (Gand) fait montre d’une grande cohérence ; elle étale les petits personnages amusants plutôt anecdotiques de Roberty Bischof, Marc de Corte et de Jurga.

 

Michel Voiturier

Art Up !, 8e foire d’art contemporain au Grand Palais, 1 boulevard des Cités unies à Lille du 12 au 16 février 2015. Infos : http://www.art-up.com/
Catalogue : « Art up ! 2015 », Lille, Grand Palais, 298 p.

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