Big Bad Cat

 

Pratiquement un huis-clos, Panthère du belge Brecht Evens est une belle BD, surtout pour adultes, qui aborde l’amitié, la manipulation et le narcissisme exacerbé à travers une relation ambiguë entre une petite fille et une panthère supposée fictive.

Le graphisme d’Evens rappelle un peu le prolifique travail du dessinateur norvégien Bendik Kaltenborn, qui utilise également des couleurs chatoyantes et ce trait très libre à l’aquarelle, ses histoires sont elles aussi relativement sombres, hilarantes, et surréalistes. La panthère d’Evens, Octave Abracadolphus Pantherius, comme le personnage de la Mort dans la BD Le Cheval blême de David B, change de visage à chaque case. Cette contrainte graphique a un effet déroutant et apporte de la nervosité aux nombreux dialogues entre l’animal et l’enfant. Cette panthère fantasque et lunaire hypnotise et charme, elle fait tout tournoyer autour d’elle, tout objet devient l’accessoire de son propre cinéma, toute personne l’instrument de son scénario.

Les formes abstraites fourmillent dans l’immensité de la chambre de l’enfant, ou encore à l’intérieur des ahurissantes superpositions de motifs à la Matisse des papiers peints ou du carrelage multicolore de la maison.

Dévoilant le caractère astucieux, amusant et effrayant de l’univers du dessinateur belge, une fête orchestrée par des peluches aux allures mafieuses dérape. Parmi elles, un des obscurs protagonistes de cette petite veillée n’est qu’une tête de poubelle sur roulettes, un autre un petit poulet dont les bulles de dialogue, épaisse buée verdâtre qui entoure les mots, évoquent surtout une épouvantable odeur de pourriture. Ses bulles sortent d’ailleurs non de sa bouche, mais d’un gros trou au milieu de sa gorge. Ce passage dans l’histoire rappelle la mise en scène Jerk de la dramaturge Gisèle Vienne. En effet l’un des héros de cette metteuse en scène est une marionnette, doudou d’un petit panda qui se révèlera être un criminel.

Si cette bande-dessinée offre d’éclatantes illustrations, le travail du texte est aussi à souligner, les dialogues délicatement menés associent mensonge délibéré et rêverie infantile sur le terrain de l’imagination et créent une atmosphère de malaise. Une des forces du livre Panthère réside dans le fait que le comique côtoie l’horreur. Sans céder au mimétisme et à la frilosité, ce récit osé réjouit, il dérange et enchante sans se censurer.

 

Anna Solal

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