Van Gogh, influences d’hier, dialogues d’aujourd’hui

Thomas Hischhorn, Indoor Van Gogh Altar (Fragment d’installation) ©FN.MV

Après diverses péripéties, la fondation Vincent Van Gogh d’Arles a trouvé logis dans l’ancienne Banque de France. Un de ses objectifs est de proposer à des artistes contemporains de dialoguer avec leur illustre prédécesseur à travers leurs œuvres.

Les mille mètres carrés de l’Hôtel Léautaud de Donines mettent en cohabitation deux expos complémentaires. D’une part, les influences qui ont amené Van Gogh (Groot Zundert, 1853 ; Auvers-sur-Oise, 1890) à évoluer vers une peinture personnelle ; d’autre part, des travaux d’artistes actuels en hommage à celui qui fut un jalon essentiel vers l’art moderne.

Le bâtiment lui-même, dès l’accueil, indique son ancrage dans la réalité esthétique actuelle. Le portail est doté de la signature géante du peintre, interprétée par Bertrand Lavier (Châtillon-sur-Seine, 1949). Au-dessus de la verrière du premier étage, c’est Raphael Hefti (Biel-Bienne, 1978) qui a agencé des éléments de verre colorés formant une sorte de kaléidoscope livré à la lumière solaire. Les coloris des murs intérieurs ont été revus avec légèreté par le coloriste Gary Hume (Tenterden, 1962) afin de s’accorder aux pièces exposées.

Une évolution vers le modernisme

Délaissant les peintures sombres de ses débuts, Van Gogh va être progressivement influencé par Delacroix, la « Grammaire des arts du dessin » de Charles Blanc, les écoles de Barbizon et de La Haye, un certain nombre d’artistes de l’époque. On trouvera donc ici des œuvres de Corot, Courbet, Rousseau, Bernard, Monticelli, Monet, Pissarro, Gauguin… La façon dont elles exploitent la couleur est mise en parallèle avec des toiles du Hollandais.

Il est attrayant de voir combien la luminosité se densifie, entre « Le vieux clocher de Nuenen » et « Impasse des Deux-Frères » ou « Autoportrait à la pipe et au chapeau de paille », peints à deux ans d’intervalle. Il est fascinant surtout de se laisser happer par « La Maison jaune » dont on ne sait si elle palpite sous un soleil diurne ou sous quelque lumière artificielle nocturne venue d’on ne sait où, sous un ambigu ciel bleu nuit.

Lorsque Van Gogh découvre et acquiert des estampes japonaises. Il en collectionne près de 500 ! « Il est sensible à leurs couleurs vives et intenses posées en grand aplats audacieux, à leurs repoussoirs bien tranchés et à l’originalité de ces compositions souvent percées d’étonnantes échappées ». L’évidence de l’influence nippone apparaît vite à l’examen des gravures d’Hiroshige, Kunisada, Kuniyoshi qui restent des modèles de délicatesse, de liens entre homme et environnement naturel, de perception d’atmosphères liées à l’instant.

Le parcours du peintre est suivi pas à pas par le texte de Sjraar van Heugten, auteur du catalogue et commissaire, qui examine minutieusement les influences, les progrès, les découvertes, les techniques. Il démontre, détails à l’appui, comment l’amateur apparemment peu doué s’est révélé un des plus importants précurseurs de la modernité esthétique.

Un dialogue pluriel avec le contemporain

Au début, une phrase illuminée au néon de Bethan Huws (Bangor, 1961) résume assez le rôle de l’artiste et celui du public ou des critiques et historiens de l’art. Elle proclame en effet : «Les artistes interprètent le monde, puis nous interprétons les artistes».

Plus loin, le même créateur présente sous vitrines des flottilles d’embarcations en joncs pliés. Ces assemblages raffinés jouent avec le répétitif. Leur forme offre une analogie possible avec les traits récurrents qui parsèment les toiles de ‘l’homme à l’oreille coupée’.

Fritz Hauser (Bâle, 1953), percussionniste, a travaillé à son tour sur une autre forme de récursivité. Dans la montée d’escalier, il a laissé des graphes accompagnés par haut-parleurs de l’assemblage des sons produits par le passage de la mine du crayon sur la surface murale. Cet ensemble visuel auditif se réfère à une gravure d’Hiroshige, réinterprétée par Van Gogh et dont le thème est une averse de pluie.

Guillaume Bruère alias Giom (Chatellerault, 1976) aligne des portraits avec une extrême nervosité du trait. Sa facture se situe entre dessin d’enfant et art brut, entre expressionnisme et parodie ; elle sinue, gribouille, en rajoute, barbouille et finit en personnage faussement chargé mais réellement présent dans une simplicité de silhouette. Alors que les portraits signés par Elisabeth Peyton (Danbury, 1965), plus traditionnels, s’intègrent aisément dans ce courant actuel de retour à un réalisme dans la lignée des Borremans et Tuymans avec arrière plan psychologique.  Camille Henrot (Paris, 1978) cherche des correspondances dans l’ikebana. Elle suscite par le fait même de subtiles interférences entre nature et philosophie.

Enfin, une gigantesque installation de Thomas Hirschhorn (Berne, 1957) nous fait passer par son interprétation de l’obsession d’une jeune japonaise férue de Vincent au point d’être totalement envahie, voire phagocytée par son idole ; son univers déborde de partout en un chaos de capharnaüm, entremêlant objets et pensées, traces de quotidienneté et élans créateurs.

Michel Voiturier

« Van Gogh live ! Couleurs du Nord, Couleurs du Sud » à la Fondation Van Gogh, 35 Rue du Docteur Fanton à Arles jusqu’au 31 août. Infos : +33 4 90 93 08 08 ou http://www.fondation-vincentvangogh-arles.org/

Catalogue : Sjraar van Heugten, Brice Curiger, Maja Hoffmann, « Van Gogh Couleurs du Nord, Couleurs du Sud », Arles, Actes Sud, 2014, 120 p.

Illustration :

Thomas Hischhorn, Indoor Van Gogh Altar (Fragment d’installation) ©FN.MV

 

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