Palais de Tokyo : l’état du ciel, une contamination non programmée…

RDV avec Thomas Hirshhorn Liège 26 mai 19H30 à l'auditorium de La Boverie

Le Palais de Tokyo décline en un semestre une expo à thème consacrée à  l’attention que portent les artistes aux circonstances physiques, morales et politiques de notre monde. Une marque de fabrique signée Jean De Loisy.  Un melting pot d’expos dressent le constat de nos inquiétudes et parfois avancent des solutions poétiques comme réponses.

 

Dans un surprenant côte à côte idéologique se croisent, entre autres, l’Atlas Mnémosyne d’Aby Warburg par Georges Didi-Huberman et Arno Gisinger, l’ installation Flamme éternelle de Thomas Hirschhorn consacrée aux relations entre art et philosophie et les dix fictions d’Hiroshi Sugimoto sur le thème de la disparition de l’humanité (1).  Un surprenant cocktail détonant où se répondent dans le désordre vie, mort et fantômes… Ma visite du 1er et 2 juin dernier se concentra surtout sur le travail de Thomas Hirschhorn, vu que l’expo de Didi-Huberman était fermée durant ces deux jours.Une petite enquête improvisée me fit comprendre que cet arrêt non programmé étant nécessaire pour permettre la remise en état des projecteurs encrassés par les émanations de carbone provenant des  Flammes éternelles. Une contamination surprenante qui dut en surprendre plus d’un…

Aux Flammes citoyens ! Occupation du Palais de Tokyo par Thomas Hirschhorn

Avec « Flamme éternelle », Thomas Hirschhorn est en quête de réel. Pour soutenir cette quête il a installé deux deux zones agoras avec au centre deux flammes dégageant une forte lueur rouge.  « Mon combustible c’est la rencontre » répète l’artiste. Pour prêter forme à ces rencontres Thomas Hirschhorn investit de fond en comble les sous-sols du Palais de Tokyo en y entassant des montagnes de pneus posés les uns sur les autres. Un vaste entrepôt sauvage est ainsi créé à l’image de ses interventions habituelles. Le «grand bordel» au désordre finement orchestré a cette fois des allures d’arche de Noé… Des passages s’ouvrent, des aires de créations, de repos délimitent des espaces de travail, une aire de restauration, le sandwich avec boisson à trois euros, servis avec en prime le joli sourire de Mélissa. Réapprendre à penser par nous-mêmes. La méthode est simple. Disséminés un peu partout de nombreux « banners » accrochent notre regard en nous proposant des phrases volontairement inachevées coupées de leur final. Des phrases à compléter qui n’attendent que notre participation pour nous faire vivre. La méthode est simpliste, ludique et nous rend dépendant d’un petit effort cérébral. Un réveil salutaire sous forme d’exercice mental.

Les deux flammes n’arrêteront pas de brûler durant les 52 jours de l’exposition. Autour des foyers qui symbolisent pour l’artiste l’amitié entre l’art, la poésie, l’écriture et la philosophie, il y a des chaises, fauteuils nous sollicitent à nous installer et écouter les différents intervenants. Des amis de l’artiste, artistes et philosophes se succèdent à tour de rôle. Omniprésent durant ces 52 jours Thomas Hirschhorn fait acte de présence et accueille les gens en les invitant à participer à son atelier de pensées. « Donner mon corps et ma présence est quelque chose dont je me sens capable » nous rappelle-t-il. Un journal est créé sur place et produit du contenu jour après jour. J’ai assisté à la fabrication de cette publication gratuite: époustouflant comme geste radical!  Une fois le travail de mise en forme terminé, aidé de son assistante Natasa Vasiljevic, Thomas Hirschhorn agrafe lui-même d’une poigne de fer en continu les quelque deux cents journaux quotidiens.
En bref, à l’écart d’un monde de l’art de plus en déréalisé soumis aux dictats d’une marchandisation qui fait de nous des consommateurs culturels dociles, une halte salutaire. Avec ses amis artistes, philosophes, poètes, il nous demande de nous soustraire un court instant de notre endormissement et réfléchir. Un exercice de style peu banal dans un monde fatigué par la surabondance d’informations qui plombent nos existences en appauvrissant nos vies. A voir de toute urgence !

Lino Polegato

Palais de Tokyo
> 07/09/2014

(1).  Pour Sugimoto ( qui explore à travers ses photos et installations  la nature du temps, de la perception ), aujourd’hui le monde est mort. Pour lui,  il y a d’un côté les humoristes (il se classe dans cette catégorie) et puis les critiques. Les humoristes sont pessimistes de nature parce qu’ils sont persuadés que le monde ne changera jamais, et qu’il vaut mieux en rire.  De l’autre côté, il y a les critiques qui eux sont des optimistes persuadés qu’il est encore temps de changer la société.

Le site internet www.flamme-eternelle.com sera mis à jour régulièrement jusqu’à fin Juin 2014. Durant les 52 jours de l’exposition, 200 philosophes, écrivains, poètes et intellectuels sont invités à partager leur travail, leur vision, leur pensée autour de deux agoras. L’artiste sera présent tous les jours, avec l’écrivain Manuel Joseph et le philosophe Marcus Steinweg. Une bibliothèque, une vidéothèque, des postes Internet, un workshop, un bar ainsi qu’une publication gratuite produite chaque jour sur place, seront quotidiennement à disposition du public.

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