Mark Verstockt (1930-2014)

Vue de l'exposition "Abstractions géométriques belges de 1945 à nos jours", Mons, BAM.

 Malgré la maladie, on le croyait éternel… Mark Verstockt nous a quittés début mai 2014.

Mark avait le sens de la mesure et de la démesure. S’il aimait la justesse et la rigueur des formes du carré dans son travail, il n’en dédaignait cependant pas le cercle qui pimentait sa vie et qui faisait de lui ce qu’on appelle un bon vivant. Son œuvre réussissait encore à me surprendre comme, dernièrement, lors de cette expo sur l’Art construit au BAM à Mons où une de ses peintures abstraites noir sur noir (sans savoir au préalable qu’elle était de lui) avait réussi  à m’émouvoir et à me surprendre par la force des vibrations de son énergie interne qui continuait de résonner en moi. Sa sculpture d’art public sur les trottoirs du Pot d’Or, le carré liégeois, (lieu d’errance et de perte d’orientation par excellence pour tous les noctambules de la cité ardente), le rend intemporel.  Comme le souligne avec justesse Jacques Charlier (in FluxNews 50) : «Désormais le dernier carré des carrés, fera à jamais partie de nos vies, de nos va et viens inutilement pressés, en courant inlassablement d’un bout à l’autre de nos chimères.»

Mark Verstockt avait choisi comme seconde résidence pour ses ressourcements successifs, un petit village perdu des Ardennes. En cette terre d’accueil, il entretenait avec les quelques habitants du coin les meilleurs rapports humains possibles qui soit. Nous nous souviendrons encore longtemps de son merveilleux accent rauque, de sa finesse d’esprit teintée d’humour et de sa dégaine élégante lors des vernissages, cigarette et verre à la main. Adieu l’ami !

A relire son livre  intitulé « La Genèse de la Forme » qui est en soi un véritable travail de sémiologie praticienne.

Lino Polegato

En 2009, lors d’une visite dans son lieu de résidence et de travail en Ardennes, Mark avait tenu à poser a côté de son effigie en poster de 1971 «This is not a book» © FluxNews
En 2009, lors d’une visite dans son lieu de résidence et de travail en Ardennes, Mark avait tenu à poser a côté de son effigie en poster de 1971 «This is not a book» © FluxNews

Extraits de l’interview qu’il nous livra dans le Flux News 50.

Mark Verstockt : Dans mon travail, la structure est importante. La verticale, l’horizontale et la diagonale deviennent même très souvent le thème central de l’oeuvre. Cette structure est habitée par le silence et la méditation. C’est la fin et le commencement, toute oeuvre d’art est un aboutissement et également le début de quelque chose, chaque artiste rêve de continuité dans sa recherche. Pour moi, il n’y a pas que l’art construit, le phénomène de l’art dans sa totalité m’intéresse. (…)  Je constate que même en faisant des cercles, je les produis au départ d’une structure qui est carrée. Au fond, le thème principal de mon oeuvre, c’est le carré, inépuisable. Je peux aussi me libérer de cette contrainte en devenant collectionneur d’art africain. Ca me sert d’échappatoire, c’est une manière de sauvegarder ma liberté. Pour moi, c’est l’autre facette de ma personnalité. Je ne veux pas être l’esclave du constructivisme de papa. Je veux être libre. Ca se voit dans mes dernières oeuvres… Ce n’est plus de la géométrie orthodoxe, je me suis libéré. J’ai fait ma propre évolution.  (…) En art, il n’y a pas de chaud et de froid. Seule la soupe peut être chaude ou froide. Avec le ventre vide on ne va pas loin… mais l’esprit est rempli.

L.P.: Vous êtes un philosophe qui fait de l’art?

M.V.: C’est parce que je fais de l’art que je suis devenu philosophe. En travaillant, je me suis demandé ce que ça voulait dire « tirer une ligne » et pourquoi spécialement là.

L.P.: Votre histoire d’amour avec le carré ne semble pas terminée…

M.V.: Pas encore. Le carré, c’est la première forme contrôlée de l’homme, au contraire du cercle. C’est le mouvement du bras qui, spontanément, fait le cercle. Pour faire le carré, il faut faire la verticale et l’horizontale, les deux de la même longueur. Il faut que les angles soient droits… Il y a quelque chose de très rationnel là-dedans…

L.P.: Le carré est spécifiquement féminin. C’est ancré dans la terre…

M.V.: Il est tellurique. Dans bon nombre de civilisations, le carré est masculin, solide, alors que le cercle est rond, femme. Il y a des cultures où c’est le contraire. Le carré en soi est tangible, le cercle en soi n’a rien de tangible, il est trop en rotation et spirituel. Mais en ajoutant une croix dans le cercle, on provoque une orientation et on arrête le mouvement.

L.P.: Qu’est-ce que l’art pour vous aujourd’hui ?

M.V.: En premier lieu, l’art, c’est la liberté de faire. Chacun a bien sûr sa réponse.

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